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Carnets de répétitions

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Vendredi 1er juillet

Nous sommes entrés dans la dernière semaine des répétitions. Le travail accumulé au fil des semaines produit ses résultats, de nouvelles questions apparaissent, de nouvelles solutions sont mises en œuvre. Mais chaque répétition comporte maintenant des enjeux majeurs, car le temps va bientôt manquer pour corriger certains aspects, si nécessaire. La tension monte…

Mardi 28, Irina Lungu, Charles Castronovo, Ludovic Tézier et le LSO nous ont offert un superbe concert au Cours Mirabeau sous la direction de Louis Langrée. Cinq à six mille personnes ont assisté à ce concert gratuit avec concentration et ferveur. Nous l’avons tous vécu comme un moment d’une chaleur exceptionnelle, la ville semblait vibrer à l’unisson de la musique de Verdi.

Bien entendu,  on est obligé d’amplifier un tel concert, car même si l’architecture de cette belle avenue est favorable à la diffusion du son, les voix et même l’orchestre ne pourraient pas porter suffisamment à grande distance. C’est donc tout un art de trouver la balance juste, la qualité du son qui rende justice aux voix et aux instruments, et la diffusion qui porte le son (avec le délai nécessaire) vers les spectateurs les plus lointains. Pari réussi aux oreilles de nombreux spectateurs. Mais la prochaine fois, nous tenterons de faire mieux encore, en démultipliant les sources sonores…

A l’inverse, le nouvel opéra d’Oscar Bianchi et Joël Pommerat, Thanks to my Eyes se répète dans l’écrin intimiste du Jeu de Paume (450 places) à l’acoustique parfaite. Ici aussi, néanmoins, on discute amplification : faut-il amplifier les voix et les instruments (ou certains d’entre eux, telle la flûte Petzold, instrument très grave et très doux, qu’Oscar a intégré dans son orchestre de chambre), tenter de créer des effets d’éloignement ou d’écho ? A l’opéra, je milite pour le moins d’amplification possible : quel privilège d’entendre le timbre d’une voix nue, qui s’élève, qui porte vers le grave ou vers l’aigu la musique d’un mot, son sens, sa magie… Ce travail de la voix chantée n’est-il pas une technique d’amplification naturelle qui n’a cessé d’évoluer au fil des générations et des siècles ? Il me semble qu’un chanteur à voix nue est toujours plus émouvant dans sa présence humaine qu’une voix amplifiée… Les répétitions d’aujourd’hui progressent dans la bonne direction.

Le plein air n’est pas nécessairement défavorable aux voix : l’acoustique de l’Archevêché est bonne, et celle du Grand St Jean est nettement meilleure depuis que nous avons décidé de jouer dans la cour intérieure de la bastide, profitant de la réflexion des murs tout proches. Cette année, la scène s’ouvre sur le parc : c’était un risque acoustique, que Leonardo Garcia Alarcon a accepté de prendre après essai, et les répétitions confirment notre première impression. Il faut cependant espérer que le mistral ne se mette pas à souffler, car il viendrait perturber les subtils équilibres de la partition de Haendel. C’est un risque, certes, mais ce contact avec la nature et les éléments est tellement saisissant que ce risque vaut la peine d’être pris.

Un ami m’offre Dans le miroir des arbres de  Salah Stétié (Fata Morgana). Je tombe sur cette phrase superbe, qui semble inspirée par ce site du Grand Saint-Jean :
« Oui, comme le bloc de marbre de Michel-Ange cache et retient le cheval à naître, l’arbre est celui, par la montée de la sève alimentée aux sources de la nuit et la dispersion superbe de ses ajours, plus haut dans le temps et dans l’esprit, la brise aidant ou la complexité des souffles, celui – l’arbre, dis-je – qui entend s’approcher de lui, venus de loin, Mozart ou Beethoven, ou bien le luthiste d’Orient qui s’échine d’une intense plume sur le 'ûd, ou bien encore l’éblouissant soliste d’Occident avec son bout de bois appuyé sur l’épaule qui suscite, ressuscite, par la méditation de l’oreille, les puissants jeux des vents dans l’orgue des forêts qui sont arbres, qui sont hommes : Pablo Casals, David Oistrakh ou Yehudi Menuhin. Arbres et hommes : ne parle-t-on pas à propos des arbres de « plaintes » ? Ne dit-on pas d’eux, parfois, qu’ils « gémissent » ? »

Bernard Foccroulle

Préambule

Chaque année, le Festival d’Aix-en-Provence ouvre certaines répétitions aux spectateurs, notamment aux jeunes. En ce moment, la production de La Traviata et certaines répétitions de Thanks to my Eyes font l’objet de documentaires filmés qui seront diffusés ultérieurement.

Les lignes qui suivent constituent un écho personnel et subjectif de certaines répétitions. J’espère qu’elles permettront à certains de pénétrer ainsi, même à distance, à l’intérieur du processus qui mène vers les représentations.

Bernard Foccroulle


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