[ CARNET DE RÉPÉTITION ] DIE ZAUBERFLÖTE

Au festival
lundi15juin 2026

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Lundi 8 juin 2026, 21H30 — Théâtre de l'Archevêché — Festival d’Aix-en-Provence

Alors que la lumière du jour décline sur le Théâtre de l’Archevêché, les équipes de La Flûte enchantée se préparent à leur deuxième répétition in loco. Le casting du premier acte est présent au complet et, pour l’occasion, les chanteurs sont conviés à une visite dans les coulisses de cette scène unique en son genre.

Un martinet juché en haut du mur de scène vole la vedette aux artistes, le temps de quelques secondes. Avant le début du filage, toutes les équipes sont invitées à un rituel de présentation pour créer des liens entre ceux qui contribuent, chacun à leur manière, au même spectacle. Peu à peu, un grand cercle se forme sur la scène de l’Archevêché, réunissant les artistes, les techniciens et les membres de l’administration. Il s’agit aussi de se présenter aux enfants présents sur la production : La Flûte enchantée étant un Singspiel avec des parties parlées en allemand, ces enfants sont germanophones, même si l’un des deux garçons présents ce soir est bilingue et arbore fièrement un maillot de Kylian Mbappé. Le tour des prénoms commence : Sean Michael Plumb, un colosse américain incarnant Papageno, flûte d’oiseleur suspendue à son cou, veut plaisanter et se présente comme la Reine de la Nuit, mais il est vite corrigé. Après cela, chacun rejoint son poste. Au programme du soir : le premier acte du dernier chef-d’œuvre de Mozart, celui qu’il fredonnait encore sur son lit de mort, en 1791, à seulement 35 ans.

L’enjeu de cette « scénique piano », après plusieurs semaines de répétitions dans les studios de Venelles, est de s’approprier l’espace dans lequel s’inscriront les représentations. Au piano, Xavier Dami entame directement les dernières mesures de l’ouverture tandis que Kyrian Friedenberg, assistant à la direction musicale, bat la mesure. Les toiles s’agitent sur scène, les projections démarrent, et Julian Mahnke, incarnant Tamino enfant, entre, traînant son chariot plein de chiffons et de draps. Il doit installer un lit de fortune mais, déjà, un premier problème : la couverture n’est plus la même que dans les premières répétitions et celle-ci est trop longue, ou trop lourde pour lui. Par ailleurs, les couvertures ne doivent pas trop dépasser sur l’avant-scène, où les Trois Dames vont passer. L’équipe de mise en scène rejoint le garçon pour trouver une solution. Pendant ce temps, la chorégraphe Evelin Facchini revoit avec les Trois Dames leurs déplacements sur scène au cours de leur trio très contrasté. Le même ballet se reproduit à chaque fois qu’il faut reprendre un élément de mise en scène : Clément Cogitore, le metteur en scène, saisit son micro et remercie les équipes, le piano s’interrompt et tous ceux qui collaborent à la mise en scène traversent la salle pour monter sur scène et entourer les interprètes. Puis la collaboratrice artistique à la mise en scène, Dagmar Pischel, signale la mesure exacte à laquelle on reprend la répétition et le pianiste donne la première note aux chanteurs. L’ouvrage est ainsi maintes fois remis sur le métier, selon le jeu de minutie et de précision que constitue toute répétition.

On reprend ainsi cette entrée en matière du jeune Tamino. Puis surgit le Papageno de Sean Michael Plumb, bonhomme mais peureux. Tout se passe pour le mieux, quand un cri de joie retentit dans les gradins : l’autre garçon, Yvon Moltzen, attendant son tour de répéter, regarde un match de football et la France vient de marquer contre l’Irlande du Nord. Pendant ce temps, Sabine Devieilhe, la Reine de la Nuit, écoute attentivement ses collègues depuis les premiers rangs de la salle. Impossible de savoir quand elle sera appelée sur scène pour chanter son premier air, « O zittre nicht ». Emma Fekete, interprète de Pamina, assiste pour son plaisir aux répétitions : elle sait qu’elle ne chantera pas ce soir, mais vient s’immerger dans la production, en soufflant sur sa tasse de thé chaud.

Peu après, c’est au tour du deuxième Tamino enfant de répéter le début de l’opéra. On revient à la position initiale des décors, les gazes s’entrecroisent, le piano reprend les mêmes mesures. La nuit s’est installée pour de bon mais la répétition n’en est qu’à sa moitié : après la pause, il faut reprendre le cours du même acte. C’est ainsi que dans le confort de la nuit aixoise, alors que les premières étoiles apparaissent, se mettent lentement en place les délicats rouages du spectacle. 

Guillaume Picard

 

La Flûte enchantée - Festival d'Aix-en-Provence 2026

La Flûte enchantée - Festival d'Aix-en-Provence 2026 © Jean-Louis Fernandez

La Flûte enchantée - Festival d'Aix-en-Provence 2026

La Flûte enchantée - Festival d'Aix-en-Provence 2026 © Jean-Louis Fernandez

La Flûte enchantée - Festival d'Aix-en-Provence 2026

La Flûte enchantée - Festival d'Aix-en-Provence 2026 © Jean-Louis Fernandez

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