HOMMAGE À JOSÉ VAN DAM (1940-2026)

Histoire du Festival
vendredi20février 2026

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Nous apprenons avec tristesse la disparition de José Van Dam, grand baryton-basse belge dont la prestigieuse carrière internationale s’est trouvée étroitement mêlée à l’histoire du Festival d’Aix. Par sa présence dans nombre de productions marquantes, il a contribué à écrire des moments décisifs de l’histoire de notre institution.

Alors qu’il vient de remporter, à vingt-quatre ans, le prestigieux Concours de Genève, José Van Dam est repéré par Gabriel Dussurget, qui lui confie dès l’année suivante un petit rôle dans La Flûte enchantée (1965) aux côtés de Gundula Janowitz, Robert Kerns, Christiane Eda-Pierre, Giorgio Tadeo et Jane Berbié, puis Masetto dans Don Giovanni (1966). En participant à ces deux productions mozartiennes importantes du Festival – la Flûte de Jean-Denis Malclès, et le mythique Don Giovanni de Cassandre José Van Dam entre d’emblée dans la constellation des voix révélées sur la scène du Théâtre de l’Archevêché. C’est pourtant au Deutsche Oper de Berlin qu’il interprète par la suite de nombreux rôles mozartiens, notamment Figaro et Leporello  rôle qu’il fixe durablement dans les mémoires avec la célèbre adaptation cinématographique de Don Giovanni réalisée par Joseph Losey. À Aix, il est aussi Truffaldin dans Ariadne auf Naxos aux côtés de Tatiana Troyanos, Régine Crespin et Mady Mesplé (1966), et entre dans la grande famille des figures aixoises marquantes de l’ère Dussurget.

Sa carrière s’internationalise alors rapidement et le conduit sur les scènes des grandes maisons et festivals européens, notamment à Salzbourg sous la direction de Karajan, ainsi qu’au Metropolitan Opera de New York. Devenu une figure majeure du chant lyrique, il est de nouveau convié à Aix par Bernard Lefort, qui prend la direction du Festival en 1974 et oriente sa politique vers les grandes voix. En juillet 1978, José Van Dam chante le Requiem de Verdi à la Cathédrale Saint-Sauveur, et donne un grand récital soliste sur la scène de l’Archevêché, où il interprète un vaste répertoire de lieder et de mélodies françaises.

Le baryton livre surtout des interprétations marquantes dans des productions lyriques d’envergure dans les années 1980. Louis Erlo, directeur général du Festival, lui confie régulièrement des rôles de premier plan. En 1983, année de la création mondiale de Saint François d’Assise de Messiaen au Palais Garnier dans laquelle il interprète le rôle-titre, José Van Dam participe à l’un des spectacles iconiques du Festival : Hippolyte et Aricie de Rameau, mis en scène par Pier Luigi Pizzi. Il y fait face, en Thésée, à la Phèdre de Jessye Norman. L’année suivante, il est à l’affiche du Barbier de Séville (Don Basilio), où il démontre ses talents d’acteur, de même que dans la production de Falstaff (1987) au Théâtre de l’Archevêché sous la direction de Sylvain Cambreling. La même année, il prend également part à la résurrection en version de concert d’Iphigénie en Aulide de Gluck, dirigée par John Eliot Gardiner. En 1988 et 1989, il est à l’affiche de Così fan tutte sous la direction de Jeffrey Tate à la tête des English Baroque Soloists, dans une mise en scène de Denis Lorca. En 1989, il chante également dans l’oratorio Elias, de Mendelssohn, avec la même équipe musicale, aux côtés de la contralto Nathalie Stutzmann.

José Van Dam se produit une dernière fois à Aix en 1994 pour une soirée Mozart confiée à l’Orchestre de Paris, au cours de laquelle il interprète des airs de Don Giovanni et des Noces de Figaro. Il renoue ainsi avec l’un des compositeurs qui aura jalonné toute sa carrière et ses premiers pas mozartiens au Festival, trente ans plus tôt. Le Festival se joint à l’ensemble du monde de l’art lyrique pour saluer sa carrière et sa mémoire ; il adresse ses pensées à sa famille et à ses proches.

José van Dam en Falstaff, Festival 1987

José van Dam en Falstaff sur la scène du Théâtre de l’Archevêché (mise en scène Lluis Pasqual, direction musicale Sylvain Cambreling), juillet 1987 © Ville d’Aix-en-Provence