À propos
C’est avec un très grand plaisir que nous vous annonçons l’édition 2026 du Festival d’Aix-en-Provence, riche en belles découvertes, en artistes de renom et en joyaux du répertoire. En tant que nouveau Directeur général du Festival, c’est pour moi un immense honneur d’accompagner cette programmation conçue par mon cher prédécesseur, Pierre Audi. Nous sommes impatients de vous accueillir très prochainement dans la magnifique ville d’Aix-en-Provence.
Ted Huffman
EN QUÊTE D’HUMANITÉ
Ici, des enfants bondissent joyeux hors d’un champ de ruines, promesse d’une aube à la beauté fragile : c’est La Flûte enchantée. Là, une femme d’origine surnaturelle cherche son ombre et trouve son âme parmi des humains trop humains : La Femme sans ombre. Dans une île aux rituels ancestraux, une dernière mère force l’accès des désespérés au royaume des morts sous les yeux de sa fille adoptive : voici Accabadora en création mondiale. Une autre femme s’enfonce dans la nuit de son ultime voyage tandis qu’une ronde fraternelle et festive danse, opposant sa force vitale à la disparition inexorable de toute chose : Requiem. Enfin, un esclave en fuite entend dans la forêt les voix d’une révolution libératrice : c’est El Cimarrón.
Par quel chemin de vie accédons-nous à ce qui fait notre humanité ? Pour ceux qui grandissent dans des mondes incertains – où les civilisations se découvrent mortelles, les utopies radieuses se changent parfois en idéologies dangereuses, et l’ombre et la lumière semblent intervertir leurs signes –, il n’y a pas de plus brûlante question.
Faisant la part belle à Mozart et ses héritiers comme à la création contemporaine, les productions programmées cette année convient à des expériences initiatiques fondamentales : une confrontation aux grands mystères de la vie, de l’amour, de la mort – et par-dessus tout au miracle labile de ce qui fonde l’humain. Les protagonistes sortent de la nuit de l’égoïsme et de la cruauté pour conquérir leur part lumineuse d’humanité – dans la conscience de leur précarité, l’éveil à la compassion et la mise en œuvre d’une transmission. Se dessine alors la possibilité d’un optimisme lucide, d’un apaisement vigilant, d’un vivre malgré tout – auquel l’enchantement de l’art et des contes contribue de manière irremplaçable.
Pour mettre en œuvre ce pari de l’humanisme clairvoyant, fidèles compagnons de route et nouveaux venus prestigieux ont été réunis. C’est ainsi que Leonardo García-Alarcón et Cappella Mediterranea aborderont pour la première fois au Festival son compositeur phare et retrouveront à cette occasion Clément Cogitore pour une deuxième mise en scène d’opéra très prometteuse. Stimulé par l’inventivité visionnaire de Barrie Kosky, Klaus Mäkelä s’est convaincu de faire à la tête de l’Orchestre de Paris ses débuts en fosse dans une œuvre du grand répertoire. Romeo Castellucci, Raphaël Pichon et Pygmalion ranimeront la flamme d’un des succès emblématiques de Pierre Audi, caractérisé par la volonté d’étendre le périmètre du lyrique au-delà de l’opéra. Le compositeur le plus brillant de sa génération, Francesco Filidei, s’est associé à la très talentueuse Valentina Carrasco pour offrir un opéra de chambre intense et pudique dirigé par Lucie Leguay à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon. Enfin, Elayce Ismail s’emparera pour ses débuts à Aix d’un chef-d’œuvre de théâtre musical expressif et engagé ayant révolutionné le genre dans la seconde moitié du XXe siècle.
Des maîtres d’œuvre aux interprètes, le Festival a pour principe d’accompagner l’épanouissement des talents à tous les stades de leur carrière, depuis les artistes issus de l’Académie faisant leurs premiers pas sur une grande scène jusqu’à ceux parvenus à leur pleine maturité, à l’occasion de prises de rôle marquantes. C’est ainsi que nous aurons le plaisir de retrouver Michael Spyres (prise de rôle et récital), Nina Stemme, Sabine Devieilhe, Brindley Sherratt, Edwin Crossley-Mercer, Alex Rosen, Hugo Brady ou Emma Fekete ; mais aussi d’accompagner les débuts attendus au Festival de Vida Miknevičiūtė, Tamara Wilson (prises de rôle) et Brian Mulligan dans La Femme sans ombre ou, parmi les plus brillants représentants de la nouvelle génération, de Ying Fang, Mauro Peter et Sean Michael Plumb dans La Flûte enchantée ou de Mélissa Petit, Beth Taylor et Duke Kim dans Requiem. C’est à Noa Frenkel, Rachel Masclet, Lodovico Filippo Ravizza et Victoire Bunel qu’il reviendra de créer les rôles principaux d’Accabadora.
Cette philosophie imprègne également les opéras en version de concert, avec le grand retour de Gerald Finley et les débuts d’Irene Roberts (prise de rôle) dans Le Château de Barbe-Bleue, les retours de Karine Deshayes (prise de rôle) et John Osborn ainsi que les débuts de Nicola Alaimo et Christian Van Horn (prises de rôle) dans Les Vêpres siciliennes ; tout comme une série de récitals vocaux de haut vol – avec une nouvelle participation de Benjamin Bernheim et les débuts d’Ailyn Pérez, pour la première fois dans ce format en France, et de Sonya Yoncheva, par ailleurs ancienne artiste de l’Académie.
Fidèle à sa vocation, l’Académie fera connaître les talents de demain à travers les concerts conclusifs de ses résidences, encadrés par les artistes les plus réputés : pour la Résidence Voix, Dorothea Röschmann et Leonardo García-Alarcón dans des programmes consacrés au lied et à Händel et, pour la Résidence Instruments, Pierre-Laurent Aimard – qui se produira par ailleurs deux fois en récital, panachant grands compositeurs classiques et romantiques et musique contemporaine. Celle-ci sera bien représentée cette année – qui marque le centenaire des naissances de Hans Werner Henze et de György Kurtág – à travers plusieurs créations mondiales ou françaises, notamment dans le cadre d’un concert du Klangforum Wien consacré aux compositeurs d’aujourd’hui issus d’un espace post-soviétique en tension. Pygmalion donnera quant à lui toute la mesure de son talent dans un grand concert symphonique consacré au romantisme allemand, avec la complicité de Stéphane Degout.
Enfin, la programmation Jazz et Méditerranée se fera particulièrement brillante, avec la venue de la star Samara Joy au Théâtre de l’Archevêché, Karim Sulayman en duo avec Sean Shibe, les Aga Khan Master Musicians, Layale Chaker & Sarafand au Conservatoire et, bien sûr, le grand concert de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée au Grand Théâtre de Provence, sous la baguette de sa nouvelle cheffe Sora Elisabeth Lee. Plusieurs de ces événements s’inscrivent dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 de l’Institut français célébrant les identités plurielles et les diasporas.
« Loué soit celui qui m’a fait rencontrer cet homme entre les hommes, car il m’a montré ce qu’est un humain, et c’est au nom de lui que je veux demeurer parmi les humains, et respirer leur souffle et supporter leurs peines ! » C’est en ces termes que l’Impératrice sans ombre loue Barak, ce parangon d’humanité. Puisse l’opéra continuer à faire chanter en nous ce qu’il y a de meilleur.