UNE PROGRAMMATION 2024 AU DIAPASON DE SON HISTOIRE

75 ans
mercredi7février 2024

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Si le Festival d’Aix-en-Provence présente chaque année une édition unique, de grandes lignes de force l’ancrent dans 75 ans d’histoire artistique prestigieuse et singulière. Le cru 2024 s’articule autour de deux dominantes principales : l’opéra français et la musique baroque - composantes que le Festival a toujours mis au cœur de son répertoire depuis sa fondation en 1948 par Gabriel Dussurget.

Iphigénie en Tauride a été représenté dès 1952 dans un décor expressionniste réalisé par André Masson ; en 1955, Orphée et Eurydice poursuit l’exploration des œuvres de Gluck en français, faisant du compositeur l’un des piliers du répertoire du Festival. Plus tardivement, Iphigénie en Aulide est programmé en version de concert par Louis Erlo (1987), sous la direction musicale de John Eliot Gardiner. Le doublé de 2024 Iphigénie en Aulide ­/ Iphigénie en Tauride est ainsi à la fois un écho aux racines musicales du Festival et une expérience inédite – Corinne Winters relevant le défi de chanter les deux rôles dans la même soirée.

Plus encore que ceux de Gluck, les opéras de Jean-Philippe Rameau sont particulièrement présents dans la programmation du Festival, marquant d’importants temps forts dans la redécouverte de son œuvre au XXe siècle. En 1956, le Festival fait revivre Platée, dans un spectacle révélant le ténor Michel Sénéchal dans le rôle-titre, et confirmant du même coup Aix-en-Provence en lieu lyrique baroque incontournable.

Rameau devient le fer de lance de la programmation de Louis Erlo dans les années 1980 et 1990 ; pour la première année de sa direction, Erlo encourage la création scénique mondiale des Boréades (1982) et présente en 1983 Hippolyte et Aricie, avec Jessye Norman en Phèdre. Le succès des Indes Galantes en 1990 et Castor et Pollux en 1991 confirme cette affinité d’Aix-en-Provence et de son public avec Rameau.
En 2024, la création de Samson posera un nouveau jalon dans l’histoire de l’exploration de l’œuvre de Rameau à Aix-en-Provence. Alors que le livret en a été censuré, et la partition en grande partie dispersée dans d’autres œuvres de Rameau, Claus Guth et Raphaël Pichon en livreront leur version originale.

Dans la lignée de cet engouement pour la musique ancienne, le Festival présente dès ses premières années les œuvres de Claudio Monteverdi, à une époque où l’on joue assez peu ces partitions : en 1950, Ernst Bour dirige L’Orfeo en version de concert ; L’incoronazione di Poppea fait partie des titres-phares dès les années 1960, tandis que de nombreuses soirées au cours des diverses éditions du Festival sont consacrées à la redécouverte de ses madrigaux. Cet été, le Festival présente Il ritorno d’Ulisse in patria, dans la continuité de l'édition 2022, pendant laquelle Leonardo García Alarcón avait déjà dirigé L’Orfeo et L’incoronazione di Poppea.

Autre œuvre du répertoire de l’opéra français, Pelléas et Mélisande de Debussy (1902), revient en 2024 après sa première apparition sur les planches du Théâtre de l’Archevêché en 1966. La production consacrait l’excellence des équipes musicales françaises, depuis l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire – futur Orchestre de Paris dirigé par Serge Baudo jusqu’à Gabriel Bacquier, applaudi pour son interprétation de Golaud. Fort de son succès, le spectacle est repris en 1968 et 1972 dans cette version aux décors oniriques signés Jacques Dupont. En juillet 2024, le Festival reprend l’œuvre dans l’époustouflante mise en scène de Katie Mitchell (2016), Susanna Mälkki à la baguette.

Musique française et musique baroque dialoguent toujours avec Mozart : La clemenza di Tito (1791), dernier opéra du compositeur, a intégré le répertoire du Festival à l’initiative de Bernard Lefort pour la première année de sa direction du Festival (1974). Titre alors peu donné, il confirmait la vocation du Festival de proposer des œuvres plus rares que celles présentées sur les autres scènes lyriques européennes. Quelques productions de La clemenza ponctuent l’histoire mozartienne aixoise : après la mise en scène d’Antoine Bourseiller (1974), celle de Michaël Cacoyannis dans des décors cuivrés (1988), de Lukas Hemleb (2005), ou encore la collaboration du chef d’orchestre Sir Colin Davis et du metteur en scène David McVicar (2011), l’ultime opera seria de Mozart revient en 2024 au Festival. Karine Deshayes et Pene Pati y interprèteront pour la première fois les airs virtuoses et poignants de Vitellia et Titus, déchirés par les complots politiques et leurs passions amoureuses, sous la direction musicale de Raphaël Pichon à la tête de Pygmalion.

Enfin, la volonté de couvrir quatre siècles d’opéra, de Monteverdi aux œuvres du XXe siècle, est une préoccupation constante du Festival d’Aix. Représenté en 2024 par Eight Songs for a Mad King de Peter Maxwell Davies et les Kafka-Fragmente de György Kurtág (Songs and Fragments), le théâtre musical est un pilier du Festival d’Aix depuis les années 1980, qu’il s’agisse de la programmation de Passagio de Luciano Berio (1983) ou encore des premières représentations de Tour de Babel – Détails et Conversations de Georges Aperghis (1986). Les nombreuses créations du Festival depuis les années 2000 s’inscrivent dans cette filiation, et plus particulièrement celles des dernières années, comme Woman at Point Zero de Bushra El-Turk (2022) ou encore The Faggots and Their Friends Between Revolutions de Philip Venables et Ted Huffman (2023).

 

Anne Le Berre
Cheffe de projet mémoire et patrimoine