Dramma per musica en trois actes
Livret de l'abbé Giambattista Varesco
Créé le 29 janvier 1781 au Cuvilliés Theater de Munich
- Direction musicale Marc Minkowski
- Mise en scène et lumières Olivier Py
- Scénographie et costumes Pierre André Weitz
- Idomeneo Richard Croft
- Idamante Yann Beuron
- Ilia Sophie Karthäuser
- Elettra Mireille Delunsch
- Arbace Xavier Mas
- Gran sacerdote di Nettuno Colin Balzer
- La Voce Luca Tittoto
- Choeur Rundfunkchor Berlin / Choeur de la Radio de Berlin
- Chef de coeur Simon Halsey
- Orchestre Musiciens du Louvre.Grenoble
Production / Coproduction
Nouvelle production du Festival d'Aix-en-Provence
En coproduction avec Musikfest Bremen et la Fondation internationale Mozarteum Salzburg
Un père peut-il sacrifier son fils à son devoir ? Un fils doit-il payer la fidélité de son père aux vieilles croyances ? L’avenir ne doit-il pas se fonder sur le renouvellement serein des générations ?
Poétisé par Fénelon dans l’esprit de Racine, placé dans la Crète des héros et des monstres de l’Iliade, tel est le sujet dont s’empare Mozart à l’aube de ses vingt-cinq ans pour composer loin de son père Léopold, du grand modèle Gluck et du tyrannique archevêque de Salzbourg, sa première œuvre de maturité.
Avec Idomeneo, hymne à la jeunesse et à la raison, Mozart s’affirme autant comme musicien dramatique que comme artiste des Lumières.
« Sauvé du naufrage, j’ai dans le cœur un orage plus funeste que le premier. » Idomeneo, Acte II, scène 3
L'argument
Premier acte
Dans le royaume de Crète, le roi Idoménée tarde à rentrer de la longue guerre de Troie. La princesse troyenne Ilia y est retenue captive et souffre dans son honneur d’éprouver de l’amour pour le prince Idamante. Pour fêter le proche retour du roi, Idamante vient lui annoncer la libération des captifs troyens et lui avoue une brûlante passion, qu’elle repousse fièrement. Prisonniers et Crétois célèbrent la paix mais Électre, princesse d’Argos, surgit pour accuser Idamante de protéger l’ennemi. C’est alors qu’Arbas vient annoncer que le roi Idoménée a succombé aux flots de Neptune. Restée seule, Électre se livre à sa furieuse jalousie.
Sur le rivage proche, Idoménée et sa flotte ont pourtant pu accoster. Neptune a en effet obtenu une promesse du roi qui lui livrera comme victime le premier être qu’il rencontrera. Plein d’angoisse, Idoménée voit paraître un jeune homme qu’il ne reconnaît que trop tard : Idamante, qui se jette dans ses bras et ne comprend pas pourquoi il est repoussé.
Autour d’eux, les femmes accueillent les hommes de retour et la liesse éclate en chants à la gloire de Neptune.
Deuxième acte
Idoménée raconte tout à son confident Arbace qui lui suggère d’envoyer Idamante en voyage. Idoménée décide de confier au prince la mission de raccompagner Électre en Argos. Puis il veut rassurer Ilia sur son sort de captive et, devant sa joie rayonnante, il comprend qu’elle aime son fils. La perte d’Idamante fera donc deux malheureux ? Idoménée sombre dans le désespoir.
Électre, elle, exulte de partir en compagnie d’Idamante et ses Argiens s’apprêtent. Le départ est proche, hâté par Idoménée. Idamante et Ilia se résignent à la séparation quand soudain éclate une tempête. Neptune paraît au sein des flots. Devant le refus d’Idoménée de livrer sa victime, l’orage redouble de violence.
Troisième acte
Alors qu’Ilia s’est résignée à la solitude, Idamante vient lui faire ses adieux. Il part combattre un terrible monstre qui ravage la région. Devant sa résignation à mourir, elle lui avoue enfin ses sentiments. Au comble du bonheur, ils se promettent une foi éternelle. C’est compter sans la jalousie d’Électre et l’arrivée d’un roi désespéré de devoir dissimuler la raison de sa froideur et du renvoi de son fils. Pourtant, la situation presse : la ville est presque ruinée et le peuple proteste. Arbace offre en vain sa vie.
Le Grand Prêtre supplie le roi d’accepter de livrer sa victime aux éléments en furie. Idoménée en appelle aux sentiments de son peuple pour ne pas sacrifier Idamante et invoque le dieu de la mer, le suppliant de se calmer. On annonce alors la victoire d’Idoménée sur le monstre. Le prince revient en vainqueur saluer son père et remettre sa vie entre ses mains, tout en lui confiant le salut d’Ilia. Celle-ci surgit pour arrêter le coup fatal qu’Idoménée se résignait à frapper et s’offre en victime. La statue de Neptune s’anime alors pour prononcer la sentence divine : l’amour a vaincu, qu’Idoménée abdique en faveur d’Idamante. Électre se livre à sa fureur tandis qu’Idoménée ordonne le couronnement.
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Contexte
Idomeneo est le premier opéra de la maturité de Mozart. Certes, il n’a vingt-cinq ans que depuis deux jours quand il en dirige la première le 29 janvier 1781 au Residenztheater de Munich. Pourtant, sa carrière a commencé si tôt, il a déjà tant composé et réfléchi à son art, si bien tiré parti de ses voyages et tournées en Europe qu’il peut, dans les circonstances favorables qui président à cette création, mobiliser tout son génie et transcender le livret qui lui est imposé pour donner une œuvre au niveau de celle du grand modèle Gluck, et qui préfigure entre autres Don Giovanni.
Circonstances favorables en effet que cette commande du prince-électeur de Bavière pour agrémenter le carnaval de 1781 à Munich. D’abord, Mozart va travailler dans un splendide théâtre, pour une troupe chevronnée et l’un des meilleurs orchestres de l’époque, celui de Mannheim, avec du temps pour répéter l’ouvrage. Surtout, cette commande qui l’honore lui permet d’échapper à Salzbourg. Mozart déteste sa ville natale et n’y est rentré qu’avec réticence en 1779, après un infructueux séjour à Paris où il aurait voulu se produire et où il a enterré sa mère et essuyé des humiliations. Il est revenu conscient que la charge salzbourgeoise de Konzertmeister (premier violon) pouvait seule rassurer son père esseulé et endetté, mais furieux contre la mentalité étriquée de ses concitoyens et la tyrannie de l’archevêque Colloredo. Depuis deux ans, il ronge son frein et s’est même lancé dans un projet fou, Zaide, œuvre d’un genre nouveau avec laquelle il espère convaincre l’empereur de lui confier la direction d’un opéra allemand à Vienne. Munich, qu’il connaît pour lui avoir destiné La Finta giardiniera cinq ans plus tôt, lui fait abandonner ses chimères. Il obtient un congé de l’archevêque et quitte son père en novembre 1780, trop heureux de retrouver autonomie et émulation.
Bien sûr, la commande ne va pas sans contraintes. Ainsi, Mozart doit travailler sur un livret peu original dont le sujet, déjà utilisé par André Campra sur un livret de Danchet (1712) d’après les Aventures de Télémaque de Fénelon (1699), a été choisi par le prince-électeur. Néanmoins, le rapport père-fils au cœur du drame –succéder au père pour accéder à soi – ne peut qu’éveiller des échos dans l’esprit frondeur du jeune homme. Par chance, le librettiste Giambattista Varesco, chapelain du prince-archevêque, est assez conciliant et se plie à la vision de Mozart. Celui-ci entend dépasser le genre vieilli de l’opéra seria – c’est-à-dire sérieux – avec ses six personnages, son atmosphère noble et tragique, son alternance quasi-exclusive de récitatifs et d’airs stéréotypés, et sa vocalité belcantiste dont les castrats sont les promoteurs au XVIIIe siècle. Mozart compte d’ailleurs un castrat parmi ses interprètes et, en dépit des défauts du médiocre Vincenzo del Prato, compose une partition inspirée pour le rôle du prince Idamante (il l’adaptera pour ténor un an plus tard). En revanche, le rôle-titre est tenu par l’excellent Anton Raaff et le reste de la distribution – dont les sœurs Wendling dans les rôles féminins – est d’un très bon niveau.
Mozart profite surtout de la présence d’un chœur pour développer le rôle dramaturgique de ce personnage collectif, à l’exemple de Gluck, et l’intègre au dialogue afin d’assouplir la structure des scènes. Car son objectif est de dramatiser l’opéra, optique qui préside aussi à la multiplication des ensembles et au renforcement du rôle expressif de l’orchestre, seul comme dans l’accompagnement des airs et du récitatif.
Idomeneo remporte un très grand succès. Preuve que le séjour parisien aura porté des fruits, cet ouvrage majeur met surtout Mozart sur la voie de l’indépendance matérielle et esthétique, puisqu’il ne rentrera jamais à Salzbourg mais quittera Munich fort de son succès pour devenir le premier musicien libre de Vienne.
Biographie du compositeur
Wolfgang Amadeus Mozart
1756-1791
Wolfgang Amadeus Mozart naît dans la principauté allemande de Salzbourg en 1756. Compositeur de la cour, son père Leopold se consacre avec passion et bienveillance à l’éducation de ses enfants. Wolfgang et Nannerl, de quatre ans plus âgée, deviennent des prodiges du clavecin. En 1766, une tournée de concerts les mène jusqu’à Londres. Mozart éblouit les têtes couronnées par son génie de l’improvisation et découvre la vie musicale européenne.
En 1767, il écrit ses première œuvres lyriques : La finta semplice, Bastien und Bastienne.
En 1769, il devient maître de chapelle de l’archevêque de Salzbourg. Ce statut subalterne l’isole malgré une intense activité créatrice dans les registres instrumental et sacré. De 1770 à 1773, il triomphe pourtant à Milan dans l’opera seria (Mitridate rè dei Ponto, Ascanio in Alba et Lucio Silla). En 1778, un séjour parisien est moins fructueux mais sa traversée de l’Allemagne lui fait prendre conscience de ses racines. Après le succès d’Idomeneo à Munich en 1781, il démissionne de Salzbourg.
A Vienne, capitale impériale, il vit de leçons et de concerts. Malgré le succès de L’Enlèvement au sérail en 1782, seule son association avec le poète de cour Da Ponte lui donne accès au théâtre. Les Noces de Figaro puis Don Giovanni remportent un vif succès, surtout à Prague.
L’ancien prodige suit sa voie personnelle, il n’est plus à la mode. Sa situation financière se détériore. Così fan tutte quitte vite la scène, La Clémence de Titus n’éblouit pas la cour. En 1791, le triomphe de La Flûte enchantée dans un théâtre populaire réconforte Mozart, qui meurt d’épuisement sans avoir achevé son Requiem. Il est enterré dans la misère et l’anonymat.