L’Infidélité déjouée
Burletta per musica en deux actes
Livret adapté d’un livret deMarco Coltellini
Créé le 26 juillet 1773 à Esterháza (Hongrie)
- Direction musicale Jérémie Rhorer
- Mise en scène Richard Brunel
- Scénographie Anouk Dell’Aiera
- Costumes Mariane Delayre
- Lumière David Debrinay
- Vespina Claire Debono
- Sandrina Ina Kringelborn
- Nencio James Elliott
- Filippo Yves Saelens
- Nanni Andreas Wolf
- Pianoforte Ueli Wiget
- Orchestre Le Cercle de l'Harmonie
Production / Coproduction
Nouvelle production de l’Académie européenne demusique
Coproduction Théâtre des Gémeaux – Scène nationale de Sceaux,
Grand Théâtre de Luxembourg et Opéra de Toulon
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
« Tu sais comment sont les filles : d’humeur aussi bizarre que les chats. Elles miaulent, et c’est de l’amour ! »
Filippo, Acte I, scène 6
L’argent ne fait pas le bonheur. Ce bien suprême, seules la jeunesse et l’imagination peuvent y prétendre. Ainsi l’affirme la comédie occidentale avec ses amoureux contrariés, ses barbons et ses ingénieux serviteurs.
Pour nous réconforter ou pour nous inquiéter. Car nul ne sait, une fois le rideau baissé, ce qu’il advient d’une félicité si fragile. Là réside la magie du théâtre : faire pleinement exister, le temps du spectacle.
Haydn offre la démonstration éclatante de cette vérité, qui inspirera toute l’oeuvre dramatique de son ami Mozart.
Spectacle en italien surtitré en français
Premier filage, premières impressions & mots clefs
Retrouvez le carnet des impressions de Catherine Ailloud-Nicolas, dramaturge et les analyses de Grégoire Aubert, assistant à la mise en scène de Richard Brunel.
Impressions & Commentaires
En sortant de ce spectacle, peut-être emporterez-vous des enthousiasmes ou des contrariétés, des appréciations dont vous aimeriez nous faire part.
Nous serons heureux de recueillir les impressions qu’ont pu laisser nos productions.
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Nous vous souhaitons le plus bel été, en espérant vous lire.
L'équipe du Festival
L'argument
Acte I
Dans un village de Toscane, par une belle soirée d’été, Filippo, un paysan aisé, s’apprête à conclure l’union de sa fille Sandrina avec Nencio, un riche propriétaire. Le projet la contrarie car elle aime Nanni, qui n’a pas de fortune et que son père lui ordonne d’oublier. Quand le jeune homme survient, elle lui révèle la menace qui pèse sur leur amour.
Vespina, la sœur de l’amoureux éconduit, est éprise du riche Nencio. Lorsque son frère Nanni lui apprend son infortune, elle l’incite à la vengeance.
Sous la fenêtre de la malheureuse Sandrina, Nencio chante une sérénade grotesque. Satisfait, le vieux Filippo oblige sa fille à répondre. Celle-ci avoue la vérité à laquelle Nencio réagit avec entêtement. Vespina et Nanni, qui ont assisté cachés à la rencontre, font irruption furieux. Le père intervient pour défendre Nencio et ils se séparent dans la plus grande confusion.
Acte II
La nuit a porté conseil à Vespina qui passe à l’action. Déguisée en vieille femme, elle aborde Filippo qui emmène Sandrina porter plainte contre Nanni. L’étrangère prétend que Nencio a séduit sa propre fille avant de l’abandonner. Furieux, Filippo rentre chez lui et refuse de recevoir le soi-disant séducteur. Mortifié, Nencio s’en retourne et rencontre alors Vespina sous un autre déguisement, celui d’un domestique allemand qui annonce gaiement les noces imminentes de son maître avec Sandrina. Nencio médite sur la versatilité de Filippo lorsque surgit une troisième personne, encore Vespina déguisée. Elle se fait passer pour le nouveau fiancé de Sandrina, le fougueux marquis de Ripafratta. Puis, comme Nencio paraît définitivement découragé, le faux marquis lui confie qu’il destine en fait la fille à son domestique. Avide de vengeance, Nencio se propose comme témoin.
Cependant, les noces de Sandrina s’apprêtent malgré ses plaintes. C’est Vespina qui se présente en tenue de notaire, suivie du domestique censé représenter son maître le marquis, et joué par Nanni. Le mariage se déroule en l’absence du prétendu mari et, lorsque l’acte est signé, Vespina et son frère ôtent leurs déguisements : Nanni et Sandrina sont mariés et Vespina vite pardonnée.
Contexte
La vie de Joseph Haydn (1632-1809) présente un caractère d’étrangeté pour le public d’aujourd’hui.
Emblématique de la condition des musiciens dans l’Europe prérévolutionnaire, elle étonne au regard des carrières de Haendel, Rameau, Gluck ou Mozart. Ces quatre contemporains de Haydn sont nimbés d’une aura particulière ; la relative indépendance de leur condition semble avoir garanti la liberté de leur inspiration. Sans doute surent-ils diversifier et convaincre leur public par les voyages ou en imposant aux commanditaires de leurs œuvres leur personnalité créatrice. Mais leur destin demeure exceptionnel.
Comme Jean-Sébastien Bach à la paroisse Saint-Thomas de Leipzig, Haydn mène une existence bien plus « normale » pour l’époque, se fixant dans un lieu et s’attachant à un emploi dont les obligations permirent à son style de se forger en toute originalité et à son art de rayonner d’autant plus puissamment.
Issu d’un milieu modeste (son père était forgeron) mais voué très tôt à la musique en raison de ses facultés exceptionnelles, Haydn évolue dans une société mélomane où la création musicale reste commandée par et pour la noblesse, dans les cours et résidences princières de l’Empire. Celle d’Esterhazy, à l’est de Vienne, est sans conteste l’une des plus brillantes. En 1761, à vingt-neuf ans, Haydn y est engagé comme maître de chapelle. Il conservera cette charge pendant trois décennies.
En leur résidence d’Eisenstadt, les princes entretiennent depuis la fin du XVIIe siècle une chapelle, c’est-à-dire des musiciens et des chanteurs dont le nombre ira croissant avec le développement des activités de Haydn. Nicolas dit « le Magnifique » embellit le château d’Eszterhaza d’une salle de concert, fait édifier dans le parc un théâtre de marionnettes puis un autre pour l’opéra, héberge d’excellentes troupes de comédiens (qui représentent Shakespeare, Molière et d’autres auteurs en allemand), engage machinistes, copistes et peintres de décor. A la moindre occasion – visite princière, festivité ou changement de saison – le maître de chapelle écrit une à plusieurs partitions dont les genres s’accordent aux circonstances. Loin d’être uniquement aristocratique, le spectacle accueille gratuitement la population des environs qui se presse dans ses plus beaux atours. Le faste des représentations attire aussi les amateurs de Vienne et les comptes rendus fleurissent dans la presse. Ceci, joint à la diffusion des partitions, assure à Haydn une renommée qui gagne l’ensemble de l’Europe au cours des années 1760.
Lorsque l’impératrice Marie-Thérèse, mère de Marie-Antoinette, séjourne quelques jours au château en septembre 1773, on lui offre une reprise de L’Infedelta delusa, l’opéra donné le 26 juillet précédent, suivie d’un bal masqué auquel invitent les travestissements de l’intrigue.
Ecrit quelques années plus tôt par le librettiste Marco Coltellini, qui séjourne alors à la cour de Saint-Pétersbourg, le livret est adapté pour les effectifs dont dispose Haydn, mais non traduit. La mode privilégie en effet le théâtre et le chant italien que Haydn, qui fut chanteur dans sa jeunesse, maîtrise à merveille. Le meilleur symphoniste d’Autriche (il compose cette année-là la Symphonie n°48) n’a aucune raison, après l’échec du Théâtre allemand de Hambourg et avant l’ouverture du Nationaltheater à Vienne, de composer son quatrième opéra sur des paroles autres qu’italiennes.
Outre sa tonalité bouffe que favorise l’intrigue paysanne dans le goût de l’époque, L’Infedelta delusa présente une continuité musicale, une caractérisation des personnages, une vivacité dramatique et même une certaine modernité sociale que Haydn développera encore dans ses œuvres ultérieures et qui serviront de modèles à Mozart lorsque les deux musiciens se lieront d’amitié à Vienne, huit ans plus tard.
Biographie du compositeur
Joseph Haydn
1732 - 1809
D’origine modeste, né en 1732 dans une petite ville d’Autriche, Joseph Haydn débute à huit ans comme chanteur à la cathédrale de Vienne et se forme seul à la composition. Son père empêche in extremis l’intervention qui aurait fait de lui un castrat. Il vit de leçons jusqu’en 1759, composant principalement de la musique de chambre. A vingt-sept ans, il devient maître de chapelle du comte Morzin.
Deux ans après, il entre au service du prince Esterhazy à Eisenstadt : il s’occupe de la vie musicale de cette cour très animée. Les princes se succèdent à la tête de cette maison et son activité prend de l’ampleur. Il développe l’orchestre, améliore la condition des musiciens, justifie l’édification d’un vaste théâtre dans le château, compose œuvres de chambre (dont 60 sonates pour piano), symphonies (96 sur les 108 de sa production totale), messes et un grand nombre d'opéras, surtout du genre buffa qui reste son préféré, sur des livrets italiens en général.
Haydn demeure trente ans à Eisenstadt, par amitié et pour les excellentes conditions de travail dont il jouit. Sa musique est d’ailleurs jouée en Allemagne, en Europe et jusqu’en Amérique : il est célèbre sans quitter sa livrée et le château de son maître. En 1791, à la mort de son maître, il abandonne ce poste et part à Londres à la place de son ami Mozart, à l’invitation d’un agent de concert. Il y compose les douze symphonies londoniennes. Il y retourne en 1794-1795, produit de la musique de chambre et y trouve l’idée de l’oratorio de La Création, créé triomphalement à Vienne en 1799. Il meurt en pleine gloire en 1809, dans Vienne occupée par l’armée napoléonienne.