Oratorio en trois actes
Livret de Charles Jennens
Créé le 27mars 1745 au King’s Theatre de Londres
- Direction musicale René Jacobs
- Mise en scène Christof Nel
- Scénographie Roland Aeschlimann
- Costumes Bettina Walter
- Lumière Olaf Freese
- Belshazzar Kenneth Tarver
- Nitocris Rosemary Joshua
- Cyrus Bejun Mehta
- Daniel Kristina Hammarström
- Gobrias Neal Davies
- Chœur RIAS Kammerchor
- Chef de chœur Tim Brown
- Orchestre Akademie für alte Musik Berlin
Production / Coproduction
Nouvelle production du Festival d’Aix-en-Provence
Coproduction Staatsoper unter den Linden Berlin
Innsbrucker Festwochen der AltenMusik et le Théâtre du Capitole de Toulouse
« Comme il est vain et fugitif, le pouvoir des humains !»
Nitocris, Acte I, scène 1
Après la ruine de Jérusalem et la déportation du peuple d’Israël, le prophète Daniel prédit à Nabuchodonosor la décadence de son empire. En effet, son successeur ne pense qu’au plaisir. Tandis que les Perses du Grand Cyrus se rassemblent sous les murailles de Babylone, Belshazzar festoie avec les vases sacrés des Juifs. Au mur du palais s’inscrit alors la sentence divine, «Mané, Thécel, Pharès» que seul le prophète captif saura traduire :«compté, pesé, divisé».
Questionner l’histoire, telle est l’une desmissions du théâtre occidental, où Haendel fait triompher l’oratorio.
Spectacle en anglais surtitré en français
Impressions & Commentaires
En sortant de ce spectacle, peut-être emporterez-vous des enthousiasmes ou des contrariétés, des appréciations dont vous aimeriez nous faire part.
Nous serons heureux de recueillir les impressions qu’ont pu laisser nos productions.
Vous pouvez dès à présent le faire en cliquant ici ou en nous écrivant à vosimpressions@festival-aix.com
Nous vous souhaitons le plus bel été, en espérant vous lire.
L'équipe du Festival
L'argument
En 586 avant notre ère, Nabuchodonosor a ruiné Jérusalem, pillé le temple de Salomon et emmené le peuple d’Israël en captivité en Assyrie. Déjà, le prophète Daniel lui prédisait la ruine imminente de son empire. Sur le trône de Babylone, le faible Belshazzar a succédé au brillant Nabuchodonosor…
Premier acte
Dans le palais de Belshazzar, sa mère Nitocris médite sur le destin fragile des empires et s’en remet à Dieu dans une prière. Elle confie son inquiétude au prophète juif Daniel. Celui-ci lui rappelle que Dieu est juste et l’encourage à demeurer ferme dans sa vertu. Pourtant, Babylone est déjà encerclée par l’armée perse.
Tandis que, du haut des remparts, les Babyloniens se moquent des assaillants, le prince perse Cyrus promet au malheureux Gobrias de venger la mort de son fils grâce aux stratagèmes que lui inspirent les songes envoyés par Dieu. Le Seigneur des Juifs lui a ordonné de libérer son peuple et lui a indiqué un moyen de surmonter les puissantes défenses de la ville : détourner le cours de l’Euphrate. Cyrus décide de mettre ce projet à exécution la nuit même, pendant la fête de Sésache au cours de laquelle les Babyloniens s’enivreront et abandonneront toute vigilance.
Chez lui, plongé dans le Livre sacré, Daniel exhorte les Juifs rassemblés de s’en remettre aux prophéties d’Isaïe et de Jérémie et leur prédit la fin de leur captivité et le retour à Jérusalem. Il désigne Cyrus comme l’instrument choisi par Dieu pour leur libération.
Au palais, une fête splendide se prépare, selon l’ancienne coutume que condamne Nitocris. Outrée par la frénésie de son fils, elle ne parvient guère à enrailler la débauche qui s’empare des Babyloniens. Pour humilier les Juifs et leur imposer son caprice, Belshazzar décide de boire dans les vases sacrés pris au temple de Jérusalem et les envoie chercher, mettant sa mère au désespoir.
Deuxième acte
Aux portes de la ville, l’Euphrate qui la protégeait s’est tari. Cyrus ordonne à ses troupes d’entrer dans Babylone en passant par le lit du fleuve.
Dans le palais, l’ivresse a gagné tous les assiégés qui chantent le plaisir et la splendeur de leurs divinités païennes. Une coupe sacrée à la main, Belshazzar raille l’indifférence du Dieu de Judée. Une main mystérieuse apparaît alors au sacrilège. Que signifient les caractères qu’elle trace sur le mur avant de disparaître ? Plein d’effroi, le roi fait venir sages et devins : aucun ne parvient à déchiffrer le sens du message. Nitocris en appelle alors à Daniel. Le prophète captif interprète sans difficulté la sentence divine : Mané, Thécel, Pharès – compté, pesé, divisé.
Dieu a compté les jours du règne de Belshazzar, il a pesé sa valeur et l’a trouvée négligeable, il divisera son immense empire.
Il ne reste plus à Nitocris qu’à supplier Belshazzar de se repentir.
Pénétrant dans la ville, Cyrus prend immédiatement la population babylonienne sous sa protection et demande à ses troupes de lui livrer le tyran.
Troisième acte
Au palais, Nitocris est torturée par l’impiété et la débauche de son fils. Daniel doute que Belshazzar se repente jamais et en effet, le roi noie sa frayeur dans le vin et les blasphèmes avant de s’élancer avec ses hommes pour affronter les Perses.
Fort de sa victoire absolue, le Grand Cyrus convoque Nitocris et Daniel. A la mère frappée par la fin déplorable de son fils, il remet le trône de Babylone. A Daniel, il annonce la libération du peuple d’Israël ainsi que la reconstruction de Jérusalem et de son temple.
Contexte
Lorsqu’il s’installe à Londres en 1710, le jeune compositeur saxon Georg Friedrich Händel (1885-1759) est parfaitement formé à l’opéra italien alors à la mode en l’Europe. Il vient à la rencontre d’un public curieux et mélomane mais peu porté à l’art lyrique. Dix-huit années de dictature puritaine au XVIIe siècle ont donné au développement des arts de la scène une inflexion spécifique en Angleterre. Malgré les efforts pour créer un opéra anglais de John Blow et de Henry Purcell, morts quelques années plus tôt, les Londoniens plébiscitent plutôt les spectacles mixtes, semis-opéras et masks. Tandis qu’au théâtre la musique occupe une place limitée, les lieux de culte, les salons et les tavernes favorisent le concert et les pratiques amateurs. C’est pourquoi l’arrivée d’un musicien polyglotte, qui a fait ses armes en Allemagne puis en Italie dans les genres à l’honneur que sont l’opéra, l’oratorio et la cantate, lance une formidable dynamique que confirme en 1711 le succès du tout premier opera seria composé pour Londres : Rinaldo.
Dès lors, Händel – qui deviendra Haendel par naturalisation – se fixe en Angleterre. Le contexte est fragile. L’opéra reste une entreprise hasardeuse car reposant essentiellement sur la souscription privée et non, comme dans le Continent, sur la subvention publique. Les entreprises naissent, rivalisent et périclitent dans les différents théâtres de la capitale. Il faut chercher outre Manche des livrets et surtout des chanteurs qui ne peuvent, dans ces conditions, développer un esprit de troupe. Mais le public est enthousiaste, la concurrence artistique peu développée, les souverains bienveillants – Georges 1er puis Georges II sont de la maison de Hanovre – et il se trouve d’excellents poètes et des éditeurs de confiance. C’est ainsi que Haendel s’impose comme chef de file de la vie musicale britannique, et aussi comme l’un des premiers musiciens indépendants d’Europe, habile à surmonter les querelles de partis, prenant parfois en charge la direction d’une saison.
En Angleterre, l’art de la Péninsule impose donc l’esthétique de l’opera seria : sa structure dramatique, ses personnages glorieux, sa poésie raffinée, l’alternance de récitatif et d’airs virtuoses, la vocalité des castrats. La langue et les chanteurs anglais s’épanouissent plutôt dans les formes sacrées que sont l’anthem et l’oratorio. Ce dernier genre venu d’Italie se voit interdit de représentation par l’Eglise, qui autorise néanmoins les concerts dans un « décor approprié ». On en joue toute l’année, en particulier pendant le Carême. A partir d’Esther en 1720, Haendel y déploie, sur des sujets tirés de la Bible, son talent dramatique et son expérience forgés à l’opéra. Il se consacre ensuite aux deux univers au gré des circonstances et son catalogue compte in fine trente-huit opéras – quasiment tous en italien – pour dix-huit oratorios en anglais.
Belshazzar est écrit dans la dernière période créatrice du musicien, qu’il consacre à la spiritualité de l’oratorio et à la musicalité de l’anglais, tandis que la vie lyrique londonienne pâtit de plusieurs faillites. Le livret est fourni par l’excellent Charles Jennens, auteur du livret du Messie qui a assuré un immense succès à Haendel deux ans plus tôt, en 1742. Au service de ce « noble ouvrage, très grandiose et peu commun » (écrit Haendel) tiré du Livre de Daniel dans l’Ancien Testament, le musicien conjugue la vocalité du bel canto (les rôles de Cyrus et de Daniel sont écrits pour des femmes) avec son sens du drame et un goût prononcé pour les vastes compositions chorales que favorise la présence de trois peuples dans la Babylone du VIe siècle avant notre ère.
La création de Belshazzar le 27 mars 1745 au King’s Theater est un échec, dû autant au contexte musical londonien qu’à l’intense exigence qui habite l’œuvre.
Biographie du compositeur
Georg Friedrich Haendel
1600-1700
Né à Halle (Saxe) d’un père médecin, Händel (orthographe allemande) est d’abord organiste dans la cathédrale de sa ville natale, puis part pour Hambourg, première ville allemande à se doter d’un opéra, dont il intègre l’orchestre. C’est là qu’à 20 ans il compose ses premiers opéras. Il passe ensuite quatre ans en Italie où il crée avec succès opéras, oratorios et cantates (une centaine).
En 1710, à vingt-cinq ans, il est invité en Angleterre dont il ne partira quasiment plus. Ses employeurs sont le Queen’s Theater de Haymarket et la reine Anne, puis son successeur George 1er qui lui confie l’éducation musicale de ses petites-filles. En 1711, la première de Rinaldo, premier opéra italien créé à Londres, est un triomphe, suivi par bien d’autres. Haendel (orthographe anglaise) se consacre aussi à des œuvres sacrées ou de circonstance en anglais. En 1719, le roi fonde la Royal Academy of Music au King’s Theater, où Haendel crée quatorze opéras en neuf saisons, dont Giulio Cesare. En 1728, il est naturalisé. En 1732, il monte avec succès son premier oratorio anglais, Esther. La vie musicale londonienne est agitée pendant plusieurs saisons par la rivalité entre l’Académie (l’opéra du roi) et Covent Garden (l’opéra de la noblesse) mais Haendel compose pour les deux, alternant opere serie pour les castrats italiens invités à Covent Garden et oratorios anglais. Il renouvelle le genre par son talent dramatique. Au cours d’un séjour à Dublin en 1742, il crée triomphalement Le Messie. Dix ans plus tard, toujours très actif, il perd la vue mais continue à composer en dictant. Il meurt en 1759, à 74 ans, et est enterré à l’Abbaye de Westminster comme Purcell.